La corniche Oranaise

    La vie est un long fleuve, pas tellement tranquille, où le canard s'ébat, sans jamais se mouiller. C'est le moment d'en rire, avant que de pleurer, car, nous le savons tous, il finira plumé. 

      Paul Daumas  ( préface à " Mémoires d' un canard")

             

 

                                 

 

             

Ce 31 janvier a été un jour bien triste pour un grand nombre d’Oranais et pour moi-même : j’ai accompagné ,en effet, jusqu’à son ultime demeure Pilou ,notre cher Paul Daumas … Avec sa disparition c’est un pan entier de la mémoire familiale qui s’écroule : longtemps ses parents et mes grands-parents ,puis mes parents et lui-même , ont habité cet immeuble du 49 rue d’Arzew où j’ai vécu jusqu’à la fin de l’Algérie Française…que de souvenirs communs aux deux familles, que de liens étroits ont pu se tisser entre elles, enfants et petits-enfants compris ! Si l’exode de 1962 nous a à peine séparés, lui à Montpellier et nous à Avignon, voilà que maintenant la Grande Faucheuse vient de  frapper au cœur de ma mémoire emportant avec lui une source inestimable de souvenirs partagés, d’images attendrissantes du passé en cette chère terre oranaise que nous sommes chaque jour de moins en moins nombreux à conserver …

Voici l’oraison funèbre prononcée par le prêtre , samedi à l’église de Juvignac

«  Si l’on voulait définir Paul Daumas de deux mots , on pourrait le faire avec « honnête homme ». Honnête homme au sens du dix-septième siècle.

Ce qui sous-entend bon , cultivé , ouvert à tous et à chacun, méticuleux ,méthodique , attentif, serviable…etc. Car chacune de ces qualités en entraîne bien d’autres.

Certes , il avait bien quelques petits défauts, mais juste pour mieux mettre en valeur les qualités. Par exemple , il était parfois en retard …Pas par  manque de ponctualité. Par nonchalance…bon ! Mais il avait su en tirer avantage : la nonchalance porte à la flânerie , et c’est probablement ce goût de la flânerie qui l’avait fait herboriste , puis botaniste , art et science qu’il exerça de façon exemplaire et qui lui permit quand même de faire vivre sa famille lors des heures noires du retour d’Algérie.

Paul avait fait une drôle de guerre. Prisonnier en Tunisie , il était passé ensuite en Italie pour finir par être libéré près de Limoges , où il avait saisi l’opportunité de terminer ses études de Pharmacie. Il en avait vu des tourmentes mais il était passé entre les gouttes.

Pharmacien, il préféra vite s’adonner à l’étude de l’ethnologie , puis de la botanique , qui le fit entrer au CNRS. Certains se souviennent encore au sein de cette vénérable institution de ce chercheur qui se laissa enfermer dans son laboratoire certain soir où, trop pris par ses travaux, il avait oublié l’heure de la fermeture…

Pilier d’une grande tribu , il se servit de son immense culture (dont il ne faisait pas étalage) pour ouvrir à l’art, à la connaissance, tout simplement à la vie , l’esprit de ses enfants, puis petits et arrière-petits enfants.

Jusqu’au bout , il conserva son esprit clair et lumineux et sa curiosité.

Il répondait chaque semaine à des dizaines de demandes sur Internet , où il était une véritable célébrité , rédigeant histoire, généalogie, anecdotes et recherches en tous genres. Il écrivait pour sa descendance des mémoires drôles et insolites…Les mémoires d’un canard qui avait le pouvoir de passer toujours entre les gouttes…

Comme l’a dit un de ses correspondants sur le Net : « la mort de Pilou nous cause un sacré trou de mémoire . »

Enfin , en plus , il avait un talent. Une voix. Et beaucoup se souviennent de ce beau timbre de baryton , dans cette « romance à l’étoile» de Tanhauser et surtout dans ce « Minuit chrétiens » vibrant par lequel dans la paroisse du Saint Esprit à Oran , il annonça la naissance de son dernier fils ,Henri Noël, le 24 décembre quarante-neuf.

Hélas , pour nous , arrive fatalement un jour où le meilleur des canards ne peut plus éviter les gouttes …

Adieu Pilou…coin coin !

 

                                                                          

 

               Pilou toujours à l'affût

    des nouvelles techniques