La Corniche Oranaise

                            

      Le livre d' Angèle Koster ,"le goût amer du laurier rose"  vaut le détour, Paco Gonzalez vous fait part de son émotion à sa lecture. A vous de vous plonger au centre de la vie palpitante de cet Oran, que nous avons tous aimé passionnément.

          Colette

 

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    "Le goût amer du laurier rose"

 

  Cet ouvrage d’Angèle Koster , à mi-chemin entre roman autobiographique et chronique des années de guerre d’Algérie , dans  Oran et sa proche banlieue du bord de mer, la Corniche, ne laissera aucun d’entre nous indifférent…être né au lendemain de la 2ème guerre mondiale , dans l’effervescence des années de reconstruction ,et d’espérance retrouvée enfin , pour voir son enfance et une partie de sa jeunesse meurtries par l’impitoyable succession d’évènements tragiques qui ont jeté sur les routes de l’exode près d’un million de pieds noirs , c’est ce que beaucoup d’entre nous avons connu et qui restera à jamais marqué dans nos cœurs comme dans notre mémoire  , et pour certains d’entre nous dans leur propre chair….L’auteur raconte sa naissance en 1946, au sein d’une famille déjà  nombreuse , au milieu de ses  quatre frères et soeurs à Delmonte, quartier populaire d’Oran , puis sa petite enfance à Sainte Clotilde , petit village pittoresque entre montagne et mer , dans les premiers kilomètres de la corniche oranaise . Mais très vite  « les évènements », comme on les appelait alors, vont occuper la toile de fond de sa jeune existence, et précipiter un premier départ de ses parents vers la mère patrie, premier exil qui sera très bref ,car encore une fois ces mêmes évènements les ramèneront, dès 1956, en terre oranaise où maintenant repose définitivement l’un des fils , victime de cette guerre qui ne dit pas son nom. Viendront alors des déménagements successifs qui conduiront la jeune Clementine , personnage central de ce livre, du havre de paix d’Aïn-el-Turck, station balnéaire réputée, au centre-ville, puis au vieux quartier de La Marine ,près du port , d’où ils finiront par s’embarquer en cette fin de juin 1962 , comme tant d’autres milliers de compatriotes fuyant, en cette veille d’indépendance de l’Algérie, une ville dont le quotidien est devenu un véritable enfer entre incendies ,attentats, fusillades et bombes posées par les différentes forces antagonistes…

Ainsi se seront passées les 16 premières années de notre héroïne dont on devine aisément le traumatisme psychologique reçu à une période de la vie où se construit une personnalité au fil des émotions et des rencontres , entre éclats de rire et peines inconsolables, dans les moments de paix comme dans les fortes tensions …ainsi Oran ,  qui aura été le principal théâtre (et quel prodigieux théâtre !) de ces moments de maturation, restera à jamais présente et vivante dans son cœur comme dans ses rêves , une marque indélébile de son passé , tel ce symbole au fer incandescent apposé sur le flanc d’un animal que l’on veut s’approprier…ainsi , enfin, sera exemplaire cet itinéraire d’une enfant non gâtée par l’Histoire et son souffle irrésistible , itinéraire perturbé qu’auront connu bien d’autres enfants et adolescents nés sur cette terre d’Afrique au devenir tragique.

« Le goût amer du laurier rose » ce sont aussi des images  familières d’une ville qui viennent nous rappeler brutalement à leur souvenir , l’évocation passionnée de lieux que nous avons tous parcourus un jour ou l’autre et de moments de bonheur simple comme les soirs d’été au bord de la mer ; c’est surtout le récit des heurs et malheurs d’une famille de condition modeste ,à l’image de tant d’autres oranais dont l’essentiel des jours était fait de travail et de courage dans l’effort ,avec la volonté toujours présente de vouloir « s’en sortir » et tout recommencer s’il le faut au risque d’y laisser sa peau . « Le goût amer du laurier rose » c’est enfin une plume pleine de vie et de spontanéité qui nous plonge tout de suite dans l’événement : il y a comme une sorte de hâte à aller vers l’essentiel de ce qui se passe , ce que l’on ressent , et surtout ce qui se dit : dialogues pétillants de vie et chroniques d’une mort d’un pays annoncée alternent pour le plus grand bonheur des lecteurs concernés que nous sommes …il y a là quelque chose d’Hemingway , un autre amoureux passionné de l’Afrique et des existences menacées par la violence des évènements dans lesquels elles évoluent mais contre lesquels il s’agit toujours de faire front et d ‘ « en avoir ». Ouvrez ce livre dont le titre reprend quelques paroles d’une belle chanson berbère dédiée à l’amitié, vous ne serez pas déçus…

      Paco Gonzalez